Noirs de France ; de 1889 à nos jours : une histoire de France / Juan Gélas. –Compagnie des phares et balises, 2012. – 164 mn

Publié le par B.D.Y. (D.L.B.)

Théme:

La communauté afro antillaise en France

Comment les français ont-ils perçu les noirs et les antillais venus travailler et s’installer en France.

 

2 DVD

Bonus

Public : Adultes

 

Proposition indice Dewey : 305.8

                                               ou 325 (migrations internationales et colonisation)

 

noirs-france-copie-1.jpgRésumé et Commentaire

 

Le documentaire retrace l’histoire des noirs en France de 1889 à nos jours. Celle ci est découpée  en 3 périodes 1889-1940 (temps des pionniers), 1940-1974 (temps des migrations), 1975 à nos jours

Le film d’une grande richesse revient sur de nombreux événements significatifs sans doute, ignores ou oubliés du grand public (Le Congrès de la race noire en 1918, le Congrès international des artistes et écrivains noirs à la Sorbonne en 1956, La création du BUMIDOM  en 1963 pour canaliser l’immigration antillaise, l’invitation  de 3 éboueurs noirs par Valery Giscard d’Estaing pour un petit déjeuner à l’Elysée, la grève de 1978 à 1979 des loyers dans les foyers SONACOTRA, l’intervention du Collectif égalité à la 25éme cérémonie des Césars, la création du Conseil représentatif des associations noires en 2005…).

Malgré la complexité et la densité du sujet abordé, le réalisateur a su mettre en lumière les principales évolutions qui ont marqué la situation des antillais et des noirs en France ainsi que l’attitude des français à leur égard.

Le réalisateur distingue la situation des antillais et des noirs issus des anciennes colonies. Le film ne parle cependant pas du traumatisme de l’esclavage ni de l’exploitation dont les africains ont été victimes pendant la colonisation.

Le réalisateur s’attarde sur la manière dont le noir a été perçu par les français.

Aux temps de l’empire colonial le noir reste un sauvage qui provoque la curiosité et que l’on vient voir aux expositions coloniales ou dans des zoos humains. Pour la République il reste un enfant qu’il faut civiliser et éduquer, ce qui politiquement se traduit par son statut d’indigène dénué de droits et de citoyenneté. Paradoxalement à la fin du 19éme siècle plusieurs députés noirs siègent déjà au parlement alors qu’aujourd’hui la communauté noire est quasi absente du monde politique. Sous la troisième, la quatrième et cinquième république et jusqu’aux indépendances les parlementaires noirs seront nombreux, certains occuperont même des postes très importants tel Monnerville devenu président du Sénat. L’empire colonial va aussi fournir de nombreux soldats. Les noirs de l’empire rallié à la France libre constitueront la base de son armée (de la 2éme DB de Leclerc notamment crée au Congo). Des soldats que la France s’empressera de rapatrier chez eux une fois la guerre finie et dont la participation n’entraînera aucune amélioration du statut ou des droits des noirs.

C’est après la 1ére guerre mondiale que les afro antillais venus combattre et qui ont échappé au rapatriement commencent à s’installer en France à Paris, à Marseille, vivant de petits « boulots ».

Mais alors que les antillais s’installe rapidement en famille et dans une optique définitive, la communauté noire est constituée d’hommes seuls qui pensent bien revenir chez eux. Avec les trente glorieuses la France a besoin de main d’œuvre ; les travailleurs noirs vont remplacer les étudiants venus se former et se qualifier en France après les indépendances.  Dans les faits et dans l’esprit du français l’africain reste avant tout un travailleur, cantonné dans les emplois non qualifiés, l’ éboueur, le balayeur des rues , l’ OS à l’usine. Progressivement la communauté s’agrandit et s’implante vivant dans des conditions déplorables. Pour les  départements d’outre mer créés en 1946 c’est l’état qui dans les années 60 organise la migration massive de ses habitants en métropole pour désamorcer la crise sociale et économique qui couve. En 20 ans plusieurs centaines de milliers d’antillais prennent le chemin de la métropole. Ils sont affectés aux emplois non qualifiés de la fonction publique.

A partir de 1974 avec la crise les migrants ne sont plus les bienvenus et le gouvernement décide d’arrêter l’immigration. La présence des afro antillais en France devient un problème. L’apparition des nouvelles générations nées en France changent la donne. Nées en France et de nationalité française, elles se sentent et se pensent désormais comme français. C’est pourquoi elles ressentent plus difficilement les discriminations qui les stigmatisent et le racisme.

La dernière période couverte par le documentaire n’incite pas  à l’optimisme. Malgré son nombre imposant, son installation désormais pérenne, des progrès indéniables, la communauté afro antillaise ne semble toujours pas avoir réussi à se faire accepter comme un membre à part entière de la nation française.

En témoigne le durcissement de la législation sur l’immigration depuis le milieu des années 70, les discours de certains politiques, la résurgence des faits divers racistes, l’apparition des débats autour de l’esclavage, la quasi absence des noirs sur la scène politique, médiatique et artistique.

En analysant sur plus d’un siècle les relations entre noirs et blancs en France ce documentaire nous fournit les clefs pour mieux comprendre la situation actuelle.

Sur la forme il mêle images d’archives et interventions de personnalités afro antillaises (même Joey Star !).

 

Indispensable

 

J’ai aimé : Bien

 

Pour avoir un avant goût, extraits signififcatifs

00.38.00 / 00.43.00 Les noirs une communauté invisible

00.33.00 / 00.38.00 Commémoration abolition mémorielle et loi mémorielle

Publié dans Société

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